Événements | 2014

Ecritures de la destruction dans le monde judéo-polonais de la fin de la Seconde guerre mondiale à la fin des années soixante : productions, trajectoires, réseaux.Ecritures de la destruction dans le monde judéo-polonais de la fin de la Seconde guerre mondiale à la fin des années soixante : productions, trajectoires, réseaux.

11-13 juin 2014

MàJ : 23/10/2013

Appel à contribution

 

Organisé autour du programme ANR centré sur l’étude multidisciplinaire de la collection de livres en yiddish « Dos Poylishe Yidntum », publiée par Mark Turkow à Buenos Aires entre 1946 et 1966, ce colloque voudrait réunir un ensemble de travaux consacrés aux écritures et aux écrits de la destruction dès la fin de la guerre en Europe, dans les diasporas juives et en Israël, par les survivants d’un monde juif polonais essentiellement yiddishophone.

Par écritures de la destruction, on entend ici à la fois des écritures sur la « Catastrophe » (khurbn), produites dans le temps même des événements ou par la suite (collectes de témoignages, écrits du souvenir), et des écritures sur « l’avant », faisant exister un espace géographique et des formes de vie sociale désormais disparus, que leur publication et leur diffusion dans les années d’après-guerre chargent d’un sens particulier, en écho avec la Catastrophe récente.

Leurs auteurs ont été formés dans le monde judéo-polonais – qui s’étend, du nord au sud, de la mer baltique à la Galicie et, d’est en ouest, des rives du Dniepr à la Posnanie– passé depuis le début du siècle de la culture communautaire et religieuse du shtetl à une culture sécularisée alors que le yiddish, langue populaire, se muait dans le même temps en un outil social, politique et intellectuel de communication avec les masses, d’affirmation identitaire et de création littéraire. Dans les centres du judaïsme polonais (Varsovie, Cracovie, Vilnius, Lvov) devenus centres de la vie intellectuelle, ont émergé des institutions, des groupes, des personnalités qui ont incarné une culture juive polonaise à dominante yiddishophone mais intrinsèquement multilingue.

L’objet de ce colloque est de questionner la manière dont les auteurs issus de ce monde et ayant survécu à la Catastrophe écrivent la destruction, réinvestissant des modes de figurer et de raconter propres à cet avant détruit (en yiddish surtout, mais aussi dans d’autres langues), dans la grande diversité d’écrits qui furent alors produits ou publiés (poèmes, romans, récits, journaux, mémoires, Yisker bikher, livres d’histoire, reportages, théâtre). On tentera donc de prendre en compte cette diversité, non seulement pour y voir une indétermination générique qui serait propre à ce monde mais surtout pour constituer ces gestes d’écriture, de collecte, de publication comme autant d’événements faisant partie de l’histoire du khurbn

Il s’agira de s’interroger à la fois sur une judéité polonaise qui s’efforce de continuer à exister hors de son ancrage d’origine – par les réseaux de publication et de diffusion, mais aussi par le maintien de codes d’écriture qui soudent auteurs et lecteurs en une même communauté imaginée – et sur la manière dont ces écrits, questionnant nos frontières génériques, aident à penser autrement la notion, apparue après-coup, de témoignage. Comment ces entreprises (commissions, maisons d’édition, revues), ces institutions (sociétés d’originaires, associations philanthropiques juives), ces acteurs (écrivains, journalistes, artistes) se sont-ils inscrits dans les conjonctures fortement politisées – mais différemment selon les lieux, entre l’Europe du rideau de fer et les centres de la diaspora juive - de l’après-guerre ? Que signifient à la fois la non prise en compte de ces écrits et de leur histoire et leur redécouverte récente, dans l’historiographie de la Shoah ? De quelle manière ces premiers écrits de la Catastrophe nous conduisent-ils à repenser l’histoire des écritures de la Shoah ?

 

Dans le sillage d’une actualité historiographique (l’ouvrage de Samuel D. Kassow sur Oyneg Shabes) et littéraire (la redécouverte de l’œuvre de Leib Rochman par Rachel Ertel) récente, à la fois française et internationale, ce colloque voudrait participer, par une démarche à la croisée de l’histoire et de la littérature, à la réévaluation du corpus foisonnant des écrits essentiellement yiddish qui marquèrent les lendemains de la Seconde guerre mondiale. Par sa spécificité, née d’une conjoncture culturelle exceptionnelle produite par la rencontre entre des traditions d’écritures judéo-polonaise et les conditions extrêmes de la Catastrophe, ce corpus amène à repenser nos grilles de lecture habituelles et se révèle fondamental dans l’écriture de l’histoire de l’après-guerre.

 

Axes.

Les axes suivants n’ont pas vocation à quadriller un territoire de recherche, ce ne sont que des perspectives indicatives pour formuler des propositions qui lieront à leur manière l’écriture sur le monde d’hier et sur sa destruction.

 

A. Le monde d’hier

  1. Lieux de mémoires. Géographies d’un monde disparu
  2. Savoirs du passé. Folklore, historiographies
  3. Commémorer l’avant : lieux illustres, vies exemplaires 

B. La catastrophe

            1. Documenter, collecter

            2. Dire, inscrire

            3. Publier, diffuser

 

Institution organisatrice : EHESS (CRH)

 

Merci de faire parvenir vos propositions sous forme d’un résumé entre 500 et 1000 mots accompagné d’un bref cv à Judith Lindenberg ou Fleur Kuhn à l’adresse suivante writingthedestruction@gmail.comavant le 15 décembre 2013. Pour toutes questions, écrire à cette adresse.

 Comité scientifique 

Tal Bruttmann, Anny Dayan Rosenman, Rachel Ertel, Samuel D. Kassow, Judith Lyon-Caen, Yitskhok Niborski, Annette Wieviorka. 

Comité d’organisation 

Judith Lindenberg, Fleur Kuhn, Constance Paris de Bollardière, Éléonore Biezunski, Simon Perego.

 

CALL FOR PAPERS

Writing the Destruction in the Polish-Jewish World from the End of World War 2 to the Late 1960s: Productions, Trajectories, Networks.

 

This conference is primarily linked to a transdisciplinary program funded by the French National Research Agency (ANR) about Dos Poylishe Yidntum, the Yiddish book series published by Mark Turkow in Buenos Aires between 1946 and 1966. Our project aims to gather research papers about a large variety of writings by Holocaust survivors from the Polish Jewish world, as early as the end of the war in Europe.

By using the term “Destruction Writings”, instead of Holocaust writings, we mean to be specific about the timeperiod (the Second World War and its aftermath) and the places they were produced (in occupied and then liberated Eastern Europe, in the post-war Jewish Diasporas, in Israel). We thus refer to: 1. Khurbn writings, produced when events were happening – in camps, ghettos or in the underground -, and published after the war; 2. Writings about the “world of yesterday”, the world before the Catastrophe, which aimed to keep alive and vivid memory and knowledge about lost places and forms of social life. Those latter writings took on a specific meaning through their publication and diffusion in the post-war years, in resonance with the recent Catastrophe.

The authors of such writings received training in the Polish-Jewish world, which stretches from North to South, from the Baltic Sea to Galicia, and from East to West, from the banks of the Dnieper River to the area of the former province of Pozen. Initially shaped by the religious and community patterns of the shtetl, the culture of the Polish-Jewish world had become increasingly secular since the beginning of the Twentieth Century, while Yiddish, a vernacular language, was morphing into a social, political and intellectual instrument to communicate with the masses, assert the Jewish identity, and nurture literary creation. 

The central places of Polish Judaism, such as Warsaw, Cracow, Vilnius, or Lvov, had become intellectual hubs and cradles for the emergence of institutions, groups, and figures embodying a brand of Jewish Polish culture that was mainly Yiddish-speaking but intrinsically multilingual.

The conference aims to investigate on how authors from the Polish-Jewish world who survived the Catastrophe re-appropriated prewar literary and historiographical traditions and trends to represent and tell what was specific to their time, as they wrote the Destruction - in Yiddish but in other languages as well— through, such as poems, novels, narratives, memoirs, Yizker Bikher, history books, reports, and plays. Participants are invited to consider such diversity, not only to argue that the literary production of the Polish-Jewish world is characteristically non genre-specific, but rather to look at these acts of writing, collecting, and publishing as many events making up the history of khurbn.

In order to enlarge our knowledge and understanding of the numerous and multiform “Destruction writings”, several issues can be raised:

1. How the Polish Jewish identity strove to exist outside its original setting, especially by keeping alive codes of writing that bind together authors and readers as they imagine their community into existence? And, because those writings challenge the way we conceive of genre boundaries, how such texts can help scholars to take a fresh look at the pervasive notion of “testimony” in its diverse uses?

2. “Destruction writings” were not produced by/did not come out from isolated individuals: they were encouraged and sometimes supervised by documentary projects (underground archives projects during the war, then historical commissions), they were issued by publishing houses and journals, they were supported by mutual-aid societies, landsmanshaftn, Jewish philanthropic associations; they involved professional writers, editors, journalists and artists. How should one consider those writings, people and institutions in the highly politicized contexts of the post-war years (though differently depending on location, Iron Curtain Europe contrasting sharply with the centers of the Jewish Diaspora) ?

3. How could one understand the unknown and obscurity in which those writings have remained for such a long time and their recent rediscovery by Holocaust historians and literary scholars ? How do the first texts on the Catastrophe lead us to rethink the history of the Shoah’s writings?

 

In the wake of recent historiographical and literary publications—i.e. Samuel D. Kassow’s work on Oyneg Shabes, and Rachel Ertel’s rediscovery of Leib Rochman’s work—both in France and abroad, through an approach that draws on history and literary studies, the conference’s goal is to contribute to reassessing the abundant body of mostly Yiddish writings that left their imprint on the post-war years. The specificity of these corpuses — born out of exceptional cultural circumstances that resulted from the encounter of Polish Jewish writing traditions and the extreme conditions created by the Catastrophe—leads us to reconsider our usual matrices of interpretation and proves to be central in writing the history of the post-war years.

 

The following themes are not meant to map a territory for research; they are only suggestions to help participants frame contributions focusing on the writings on yesterday’s world and its destruction. 

  1. Yesterday’s world
    1. Places of memory. Geographies of a bygone world.
    2. Knowledge of the past. Folklores, historiographies.
    3. Commemorating the “time before”: famous places, exemplary lives
  2. The Catastrophe
    1. Documenting, collecting.
    2. Telling, inscribing.
    3. Publishing, diffusing. 

 

Abstracts of 500-1000 words in French or English are requested by December, 15th, 2013. Please submit abstracts, along with a brief academic CV to Judith Lindenberg or Fleur Kuhn at writingthedestruction@gmail.com. Any further queries may be sent to the same address.  

 

Organizing institution: EHESS (CRH)

Scientific committee: Tal Bruttmann, Anny Dayan Rosenman, Rachel Ertel, Samuel D. Kassow, Judith Lyon-Caen, Yitskhok Niborski, Annette Wieviorka

Conference committee: Judith Lindenberg, Fleur Kuhn, Constance Paris de Bollardière, Éléonore Biezunski, Simon Perego

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Dernière modification :
07/12/2017